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Non à la disparition de notre Seine-Saint-Denis !

Avec 24 voix contre et seulement 16 voix pour, le Conseil général de Seine-Saint-Denis vient de donner un avis négatif au projet de décret du Premier Ministre sur le redécoupage des cantons de notre département.

Les groupes UDI, UMP et Front de Gauche ont mis leurs actes en conformité avec leurs déclarations : le Parti Socialiste, grand ordonnateur de la mascarade électorale que constitue ce nouveau découpage des cantons est encore minoritaire en Seine-Saint-Denis, il l’a prouvé ce matin.

Mais en 2015, il pense avoir une majorité absolue de sièges grâce cette réforme dont le seul objectif vise à asseoir l’hégémonie du PS, pour avoir les mains libres et faire disparaître notre département dans Paris Métropole avec leur amis PS parisiens… Triste vision pour les habitants de Seine-Saint-Denis que l’on va priver de la dernière arme qui nous reste : la parole !

Voici la version intégrale de mon intervention de ce matin en séance plénière du Conseil général :

Monsieur le Président, mes Chers collègues,
 
Permettez-moi tout d’abord de remettre le projet de redécoupage des cantons dans son contexte politique.
 
Il est la conséquence directe de l’engagement du candidat François Hollande à proposer « une nouvelle étape de la décentralisation ». J’observe que cet engagement n° 54 figurait dans la partie intitulée « Je veux une République exemplaire », et sous le titre « Je veux donner un nouvel élan à notre démocratie »… Exemplarité et démocratie devraient donc être les lignes directrices de ce redécoupage… Sur les principes – introduire davantage de parité dans les assemblées départementales et équilibrer la taille électorale de chaque circonscription cantonale – le démocrate républicain que je suis ne peut qu’approuver.
 
Hélas, trois fois hélas, aux grandes promesses les grandes désillusions : tripatouillage et charcutage sont les deux piliers de ce projet de décret du Premier ministre et du Ministre de l’intérieur. L’action conjuguée de votre majorité socialiste au Gouvernement et dans notre Département a déjà tué la Seine-Saint-Denis économiquement et politiquement. Vous apprêtez donc à achever votre œuvre aujourd’hui en la tuant démocratiquement !
 
Economiquement d’abord : augmentations d’impôts et de cotisations sociales, fiscalisation des heures supplémentaires, diminution des aides aux collectivités territoriales… Ça c’est pour le Gouvernement.
 
Une 2e lame d’augmentation d’impôts (+ 750 millions en 5 ans) combinée à des suppressions d’aides aux jeunes (carte Imagine’R, clubs de foot), aux familles (achat d’ordinateur, subventions aux crèches) et des augmentations de tarifs (cantine des collèges)… Ça c’est pour le Conseil général. Grâce aux socialistes, ce ne sont plus les consommateurs de Seine-Saint-Denis qui pourront alimenter la croissance… Vous aimez tellement les pauvres qu’à chaque fois que vous êtes au pouvoir vous en fabriquez !
 
Politiquement ensuite : est-il besoin de souligner la caricature de Gouvernement à laquelle nous assistons depuis un an et demi ? Au-delà des engagements non tenus, des promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent, des reculades en rase campagne…
 
Pas mieux dans notre Département, où, je l’ai déjà exprimé ici à maintes reprises, vos orientations sont désespérément comptables : sans la moindre main tendue aux habitants dans la difficulté, sans ambition pour l’avenir de nos jeunes, sans volonté de dresser la perspective d’un objectif commun pour finir par toujours plus d’impôt et moins de services.
 
Démocratiquement enfin : le projet que le Gouvernement socialiste nous propose pour la Seine-Saint-Denis – sans doute soutenu avec ferveur par la majorité socialiste du Département – ne répond ni à l’exigence d’exemplarité, ni à celle de la démocratie !
 
Je pourrais dire comme Bruno Le Roux, proche du Président de la République et spécialiste éminent des questions électorales au PS, pour qualifier le redécoupage des circonscriptions législatives en 2009 : « il n’y a pas eu un brin de concertation », « ce découpage est scandaleux ».
 
Pourtant aujourd’hui, en Seine-Saint-Denis, un brin de concertation aurait déjà été beaucoup ! Nous avons été reçu une fois par votre prédécesseur Monsieur le Préfet, mais nous sommes toujours en attente du retour qui devait être fait sur nos propositions de délimitation des 21 futurs cantons de notre département.
 
En 2009, le député socialiste de la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis toujours, moquait aussi publiquement l’incohérence du redécoupage en citant l’exemple d’une circonscription faisant le tour du département de la Somme sans passer par son milieu.
J’attends qu’il m’explique la cohérence du canton qui court de la moitié d’Epinay-sur-Seine à Saint-Ouen en passant par l’Ile-Saint-Denis, secteur qu’il connait particulièrement bien…
J’attends qu’il m’explique la cohérence du rattachement du quartier Village Parisien de Drancy, à la commune de Blanc-Mesnil, qui aura pour effet, pour le collège Jacques Jorissen, de voir un élu de Blanc-Mesnil devoir s’intéresser à la scolarité d’enfants de Drancy principalement, Bondy et de Bobigny.
 
J’attends qu’on nous explique comment la « nouvelle étape de la décentralisation » peut définir une carte électorale cohérente :
– en s’affranchissant totalement de l’existence des intercommunalités pour découper des cantons, d’un côté,
– et en renforçant à la fois l’intégration et la mutualisation des intercommunalités de l’autre, avec, du point de vue électoral, l’affichage des élus communautaires aux prochaines municipales de mars 2014…
 
Mes chers collègues, on fait dire aux chiffres souvent ce que l’on veut. Mais quand le « scandaleux » résidait en 2009 pour le Parti socialiste dans 33 circonscriptions sur 577, comment prétendre aujourd’hui à l’exemplaire quand on dessine une carte destinée à réduire à sa plus stricte expression son opposition ?
 
Si les projections électorales ont un sens, on peut prévoir pour l’UDI et l’UMP réunis, si le calcul du PS s’avère exact, 4 élus sur 42… Moins de 10 %, alors que nos familles politiques sont à la tête de 12 municipalités sur 40 dans ce département.
 
Et pourtant aux récentes élections présidentielles les candidats que nous soutenons obtiennent de 35 (2012) à 43 % (2007) des suffrages. Lors des dernières élections législatives – avec les résultats qu’on sait en nombre de sièges – la droite et le centre républicains ont obtenu en moyenne 30 % des suffrages, en additionnant les résultats ville par ville.
 
C’est donc un véritable enjeu de démocratie, que de dénoncer et de résister à cette mascarade dont le seul objectif, chacun le comprend, est d’asseoir l’hégémonie du parti socialiste dans ce département.
 
Vous allez dépouiller de leurs compétences les communes et le Département au profit de Paris Métropole et de la Région : tout ce qui siège le plus loin possible du citoyen a votre préférence. Avec le mandat électoral unique et les tripatouillages de bureaux de vote vous allez achever votre œuvre : réduire au strict minimum la voix de la Seine-Saint-Denis ! Déjà deux de nos collègues socialistes qui siègent parmi nous, par ailleurs Sénateurs de Seine-Saint-Denis, se sont prononcés pour la disparition de notre département au profit de Paris Métropole…
 
A qui profite le crime ?
 
1. Avec l’endettement qui est celui de la Seine-Saint-Denis,
 
2. avec la revendication politique qui ne sera jamais satisfaite d’obtenir l’intégralité des compensations financières de l’Etat pour les politiques sociales transférées, avec l’absence totale de capacité d’investissement,
 
et enfin, avec la démonstration quotidienne que fait la majorité socialiste de son incapacité à répondre aux attentes de nos concitoyens, et surtout les plus faibles, notre département doit disparaître : quand on est incapable de résoudre un problème, autant faire disparaître le problème !
 
Monsieur le Président, vous méritez pleinement que l’on reconnaisse votre talent, en tout cas que l’on récompense vos efforts depuis 15 mois pour saborder notre département : augmentation continue des impôts et taxes ; suppression régulière d’aides aux familles, aux jeunes, aux sportifs ; augmentations répétées de tarifs pour les seniors, les jeunes, les familles ; et maintenant charcutage électoral laissant vos opposants, tous vos opposants, sans voix !
 
J’attends la dernière étape qui serait à franchir : ne comptabiliser à l’avenir que les bulletins PS lors de toutes les élections, ou d’instituer par la Loi le parti unique en France…
 
Mais pour l’ensemble de votre œuvre, je tiens déjà à vous décerner le diplôme de Meilleur Ouvrier de France, catégorie liquidateur de département, avec mention spéciale « ni responsable, ni coupable ».
 
Au nom du progrès et de la modernité nous allons donc revenir 50 ans en arrière, abandonnant purement et simplement l’héritage de Paul Delouvrier, père de l’aménagement moderne de la région parisienne. En 1964, il a imaginé la création des départements de la Petite Couronne « pour que l’Etat soit plus proche des administrés ». En 2014 la majorité socialiste ne se soucie pas plus des administrés que des habitants, ou des électeurs.
 
Les attentes ou les préoccupations de nos concitoyens ne pèsent rien face à votre volonté absolue de détenir le pouvoir absolument. Méfiez-vous, on sait depuis près de 500 ans que « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » (Machiavel, Le Prince) !
 
Diplomle Troussel
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