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Pourquoi la Seine-Saint-Denis va basculer ?

Les 22 et 29 mars 2015 auront lieu les premières élections départementales. Nul doute qu’elles devraient rester dans les mémoires à plus d’un titre : abstention record dû au désintérêt profond des français pour ces élections et au rejet de la classe politique en général, montée inéluctable de l’extrême droite susceptible de remporter quelques cantons voire des Départements, défaite annoncée de la gauche dont l’ampleur risque fort de dépasser l’enjeu local de cette élection.

La gauche s’apprête à perdre des places fortes qu’elle tenait pour acquises depuis des décennies. La Seine-Saint-Denis, à gauche depuis près d’un demi-siècle (PC de 1967 à 2008 puis PS depuis 2008) et dont on croyait qu’elle le resterait presque pour toujours, semble désormais prête à basculer. En réalité, ce basculement a déjà commencé depuis des années. Lors des dernières élections municipales de 2014, le centre et la droite ont fait leur entrée dans de nombreuses municipalités du Département : Bobigny, Aulnay-Sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Saint-Ouen… ce sont en tout 21 maires du centre et de la droite qui ont été élus sur les 40 villes de la Seine-Saint-Denis.

Les électeurs de Seine-Saint-Denis manifestent leur profond désir de renouvellement de la classe politique et de ses pratiques dignes, parfois, de la III ème République. Echanges non marchands, faveurs ou aides personnalisées, recommandations, accès privilégié à l’administration locale, logement…les « coups de pouce » de la gauche fonctionnaient à merveille. Ce clientélisme politique exercé sur des populations précaires, immigrées et peu qualifiées c’était l’assurance d’une réélection haut-la-main et le maintien de cette population dans un état de dépendance suffisant pour y puiser des voies. C’était l’assistanat organisé et cela a fonctionné pendant 47 ans. Moyennant une promesse, une fidélité à toute épreuve, une sorte de paternalisme vicieux de l’élu vis-à-vis du demandeur qui s’en retrouvait redevable. On ratissait large, évidemment. Le système fonctionnait, certains espéraient mieux et l’obtenaient, d’autres pas. C’était comme ça en Seine-Saint-Denis. On appelait ça comme on voulait : assistanat, politiques de proximité, coups de main…un parfum de doux romantisme du rêve communiste et socialiste.

Le temps était compté. Plus les années passaient, plus les jeunes étaient éduqués, investis. Ils s’intéressaient, étaient curieux de tout et comprenaient que le système ne leur offrait pas la chance à laquelle ils avaient droit. C’était la fin du système.

Les communistes sont partis et les socialistes ont tenté de reprendre un flambeau presque éteint, en 2008. Pourtant, le PS promettait encore…l’époque des belles paroles après celle des idéaux déchus. Les gens avaient compris le tour de passe-passe. Il fallait reconstruire. Donner une chance et non pas seulement se contenter de la faire miroiter. Passer aux actes et oublier les paroles. L’élève devenu adulte, éduqué par l’école de la République, pouvait comprendre. Le masque tombait.

Il ne suffit pas d’assister pour aider à s’en sortir. Le rôle du politique n’est pas de marchander ou de faire des propositions puis de les rayer et de les ressortir du placard à chaque nouvelle élection. De même, au niveau d’un Département, je ne peux pas me contenter de l’idée de verser l’allocation RSA sans recevoir les allocataires. Sans les aider à s’en sortir. C’est pourtant ce qu’il se passe, 2 allocataires sur 3 n’étant pas reçus : « prends ton chèque et tires-toi »…comment peut-on accepter cela, encore en 2015 ?

La Seine-Saint-Denis a bien changé. Elle n’est plus le ghetto imaginé, construit, maintenu. Elle a changé parce que ses habitants se sont rendu compte du dol. Après un demi-siècle à gauche, le temps est venu de donner une chance à chaque habitant de ce Département. Cela doit passer par une vraie politique de logement, un suivi personnalisé des allocataires, une politique complète et adaptée qui permette aux habitants de réussir et d’être montrés pour leurs succès et non pour les violences dont ils sont les premières victimes. En matière d’éducation et de formation, nous la connaissons tous cette question, l’éternelle question : « Quel avenir pour la jeunesse ? ». En Seine-Saint-Denis il serait temps d’accélérer le recours à l’apprentissage : la pérennisation du dispositif a été établie par la loi du 16 octobre 1997 relative au développement d’activités pour l’emploi des jeunes. Dès lors que le besoin existe, et il existe dans ce Département, des contrats d’apprentissage doivent être proposés, un Centre départemental de la formation aux métiers de l’apprentissage construit. Il faut également proposer aux élèves en situation d’échec des cours particuliers dans les disciplines principales (anglais, français, mathématiques) : là encore, rien n’a été fait pour aider les plus faibles à s’en sortir.

Au-delà de l’image de la Seine-Saint qu’on a bien voulu nous coller, un « 9-3 » pathétique et sans avenir, immobile, livré à lui-même et à la gauche, il y a pourtant bien des raisons de croire au succès et pas seulement sur les terrains de foot : scène culturelle richissime et diversifiée, pôle économique de premier plan avec la présence d’entreprises internationales, nombre record de création d’entreprises, accueil d’expositions et d’évènements internationaux (la Cop21 cette année par exemple)…

La Seine-Saint-Denis n’est pas celle que l’on croit. Elle a bien changé. Et, à ce jour, l’union du centre et de la droite a permis un certain renouveau dans les villes gérées par ces maires dynamiques. Couplée à une division de la gauche sans précédent, la Seine-Saint-Denis va et doit basculer pour ces élections.

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